2017 – Dialogue Photographique

Dialogue Photographique
Jean Rouch & Catherine De Clippel

Du 25 octobre 2017 au 7 janvier 2018, Musée de l’Homme, Paris

C’est à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de Jean Rouch, que le musée de l’Homme accueille cette exposition, du 25 octobre 2017 au 7 janvier 2018. En 1978, Jean Rouch concevait les Regards Comparés, une confrontation de films réalisés, sur un sujet semblable, à différentes époques et par des voyageurs, des cinéastes, des journalistes ou des anthropologues. À peu près à la même époque, au début des années 1980, les historiens ont commencé à parler de « regards croisés » sur un fait social ou un point d’histoire. C’est dans cet esprit que le Musée de l’Homme propose ce dialogue photographique entre deux photographes-cinéastes, Jean Rouch et Catherine De Clippel à quelques décennies de distance, sur des sujets comparables et dans des régions contiguës d’Afrique occidentale. Bien sûr, les itinéraires biographiques sont très différents. Jean Rouch est né près d’un quart de siècle avant Catherine De Clippel et c’est un « immortel du cinéma », mais son oeuvre photographique est moins connue. Catherine De Clippel n’a pas vécu une telle épopée, mais son oeuvre photographique africaine s’étend sur plus de trente ans. C’est sous l’influence directe de Jean Rouch qu’en 1980, avec l’anthropologue Jean Paul Colleyn, elle entreprit de réaliser des films documentaires et d’immortaliser l’expérience de terrain par la photographie. Jean Rouch et Catherine De Clippel travaillent tous deux en forte empathie avec les gens qui les accueillent sur le terrain et ils disposent tous d’eux d’une collection de photos prises dans les mêmes lieux et les mêmes familles sur une longue période et ils préfèrent tous deux la photographie en noir et blanc à la couleur, car vider les variations de couleurs au profit des nuances qui séparent le noir du blanc fait surgir la lumière. Rouch s’inscrivait dans la lignée de Marcel Griaule qui voyait dans les cultures africaines des isolats culturels témoignant d’une Afrique éternelle, mais contrairement à Griaule, il s’intéressait aussi aux migrations, à la ville (Abidjan, Accra), aux nouvelles religions, à la lutte des Africains pour l’indépendance, à la modernité. Pour Catherine De Clippel photographier les pratiques religieuses ne procède pas d’un goût particulier pour les choses anciennes, car lorsqu’elle se rendit sur le terrain au début des années 1980, les recherches des anthropologues mettaient davantage l’accent sur le changement. Mais les mêmes thèmes se sont imposés à elle : les rituels et les cultes de possession, la modernité, la mort et la chasse, toutes les manifestations animaient la vie villageoise. Naguère les photos jaunissaient dans les tiroirs et les cartons, aujourd’hui, ils dorment dans les disques durs, mais une exposition, de temps en temps les réveillent et les révèlent. Ce qui est visible, quoiqu’on dise des limites de la photographie, ce sont des éléments de réel, qui parlent pour un lieu et un temps et aident à produire du sens.